“En thérapie” : une série en analyse, séance 12

“En thérapie” : une série en analyse, séance 12

23/03/2021 0 Par Cinémathérapie

On a exploré ensemble hier la place de la parole au cœur de 35 épisodes de « En thérapie ».

Et pour revenir à cette place faite au langage dans cette série intimiste, relevons qu’elle s’intitule « En Thérapie » et non « En analyse ».

C’est en fait la traduction exacte de « BeTipul », version originelle israélienne.

Yaël Fogiel, l’une des co-productrices des Les films du poisson, celle qui avait fait se rencontrer le duo Nakache-Toledano et Hagai Levi le créateur de la série, rappelle que ce choix de titre est voulu.

Dans le déroulé d’une séance « classique », le sujet analysant est allongé sur un divan, l’analyste derrière lui est bien moins bavard que Dayan…

Scénaristiquement et esthétiquement parlant ça n’aurait pas revêtu un intérêt télévisuel suffisant !

Yaël Fogiel explique qu’en effet : « impossible de faire une série avec un patient couché, qui ne croise jamais le regard de son psy. »

D’ailleurs mis à part les premières minutes de l’épisode d’ouverture, où Ariane est allongée sur le divan, elle va rapidement proposer à Dayan de passer en « face à face ».
Expliquant qu’elle ne se sent pas en état, bouleversée qu’elle est par les attentats de la veille.

Pour tourner cette première saison, l’équipe s’installer dans un immeuble mis en vente durant l’hiver 2020, en période de grèves et pré-confinement.

L’atmosphère est décrite par tou-te-s comme très particulière, très intimisteTout le monde est très concentré, les dialogues très denses, les prises très longues… Les comédien-ne-s donnent beaucoup, et beaucoup d’eux-elles.

Toledano, faisant le parallèle avec les scènes de nus fait remarquer que : « Quand on disait “Coupez !”, personne ne reprenait une discussion ou regardait son téléphone. »

Pour ce scénario mis en scène en terrain singulier, à savoir le cabinet d’un, psychiatre psychanalyste, l’équipe de tournage a choisi de faire appel à un consultant, Emmanuel Vallat.

Pour « BeTipul », Hagai Levi avait également solliciter l’expertise d’un thérapeute afin d’assurer un minimum de crédibilité aux séances.
Cependant, le choix scénaristique l’a toujours emporté sur les impératifs d’éthique professionnelle thérapeutique !

A titre d’exemple, la scène invraisemblable où l’adolescente souffrant de tendances suicidaires arrive trempée à sa séance et que le praticien lui propose de se changer chez lui et d’enfiler les habits de sa propre fille…

Scène que les 5 co-auteurs ont chois de conserver dans l’adaptation française.
Cela dit, comme précisé précédemment, ils ont pu être « supervisé-e-s » en quelque sorte par Emmanuel Valat.

Ce psychanalyste parisien, reçoit une journaliste de Télérama pour une interview à son cabinet, afin de retracer sa collaboration sur ce projet sériel…

Pour la petite histoire, à peine arrivée, elle fera tomber sa tasse de café et se verra adresser, non sans humour : « Ça, vous voyez, ça s’appelle un acte manqué… ».

Cela n’étonne pas Alexandre Manneville, l’un des 5 co-auteurs qui n’avait jamais consulté avait pu se surprendre à « raconter sa vie », alors qu’il ne souhaitait (soi-disant ?!) que poser des questions quant à Ariane, personnage dont il avait la charge.

La scène où cette chirurgienne retire ses bottes de façon quelque peu suggestive lui a été inspirée par une remarque d’Emmanuel Valat : « (…)  certains patients retirent leurs chaussures (…)  Ce qui revient un peu, symboliquement, à se déshabiller. Quand c’est une femme qui, avant de s’allonger sur le divan, enlève ses bottes, oui, ça peut être un peu troublant ».

En effet, le psychanalyste-consultant les rencontre chacun-e leur tour, pour explorer ensemble les méandres psychologiques de leurs personnages et entrouvrir « quelques portes d’entrée classiques de la psychanalyse ».
Tels les rêves, les lapsi, les actes manqués… comme quand Dayan semble proposer à Ariane ses toilettes privés !

Chaque co-auteur est reçu suite à une démarche semblable à celle d’une prise de rendez-vous pour une séance… Emmanuel Valat souhaite en effet leur faire éprouver ce qu’en tant que patient-e on peut ressentir dans ce cadre-là.

Selon le personnage sur lequel ils devaient écrire, ils avaient des questions plus ou moins précises ; questions auxquelles ils ont eu des réponses « de psy »…
Par exemple Pauline Guéna, dont le patient était Adel, policier de la BRI, voulait savoir ce qui se dirait ou se passerait s’il arrivait muni de son arme de service…

Le psy-consultant explique qu’il est fort probable qu’il n’aurait pas été reçu par l’analyste…
Il explique : « S’il se désarme, c’est symboliquement très fort. Mais dans le fait de poser son arme sur la table, il y a aussi une connotation sexuelle manifeste, un fil qu’un psy aurait envie de tirer… ».

Il a lu et donné son avis sur le scénario et les dialogues, relevant certaines invraisemblances dans les réactions et attitudes de Dayan.

Cependant, il respecte le choix final de l’équipe pour qui la mécanique narrative prime… Cela est et doit rester une fiction.

Une fiction qui semble « parler » beaucoup, parce que racontant d’autres histoires, une autre histoire..

Hagai Levi souhaitait d’ailleurs vivement que ces échos entre traumas personnels et collectifs soient abordés pour chaque personnage
Elkaïm et Poymiro adhèrent à cette idée que des résonances puissent être montrées jusque dans la vie du psy.

Cet article s’inscrit dans le défi Objectif Mars

Je compte sur votre soutien durant ce défi 😉
Hâte de lire vos retours !

Et…

demain cher-e-s spect’ACTEURS et spect’ACTRICES !

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