Cinémathérapie : il y en aura pour tout le monde, parole d’expert-e-s ! EPISODE 3 (suite)

Cinémathérapie : il y en aura pour tout le monde, parole d’expert-e-s ! EPISODE 3 (suite)

23/12/2020 0 Par Cinémathérapie



“Le cinéma, douce thérapie” : structure du livre

Sur RCF, la joie se partage d’autant plus que j’ai le plaisir de retrouver Patrice Gilly, l’auteur du bouquin « Le cinéma une douce thérapie » Patrice Bonjour !

Bonjour Charles!

Nous avons parlé de votre de votre expérience, de votre itinéraire cinématographique depuis votre enfance…
Enfin, le peu qu’on a pu en parler parce qu’il faudrait des heures pour pouvoir exprimer tout cela.
Mais, je disais que votre bouquin se divisait en deux parties.
La première narrant un peu cette expérience.
La deuxième, ce sont l’analyse de 28 films. Vous donnez des grilles d’analyse de films que vous avez sélectionnés, parce qu’ils vous ont touché, ou parce qu’ils vous semblent importants…

Oui, en fait, je ne donne pas de grille d’analyse : je tiens à préciser ça.
Ce sont des récits de films.
Mais des récits qui sont, entre guillemets, “orientés”…

En ce sens que, j’ai choisi les films soit en faisant attention à la qualité de l’interprétation, au thème, à l’engagement des acteurs, des réalisateurs…
Un détail anecdotique qui finalement prend une place assez extraordinaire.

Grille d’analyse ou récits de films ?

Bref, j’ai surtout voulu des films qui soient toniques, inspirants, et qui incitent à réfléchir… Et même : à agir !

Et donc, c’est vrai qu’il y a une grille de lecture qui est donnée pour ceux qui ont peur de s’aventurer dans cette formidable aventure, qu’est la thérapie par le cinéma.
Ou en tout cas, un éclairage sur soi-même par le cinéma.
Donc je donne des bribes de conseils, de suggestions, de directives, pour regarder un film autrement…

Et vous avez classé vos films par rubriques : « Coups de cœur », « Sortir de l’incommunicabilité », «L’engagement affectif », « En famille »…
Et il y a même des films « Repoussoirs »…

Oui, il y a des films repoussoirs !


Cinéma et thérapies narratives


Il y a quand même une petite partie aussi dans le livre, dont je ne veux pas parler de trop aujourd’hui…
Mais, je fais tout de même un rapprochement entre le cinéma, la psychanalyse, la Gestalt thérapie, et les thérapies narratives… Qui, disons, ont des points communs et qui s’entendent bien…

C’est à partir de cela que j’ai privilégié le récit de film.
Parce que souvent, quand on sort d’un film, ou quelques jours après, on a envie de le raconter si ça vous a plu, ou au contraire si ça vous a déplu…
Chaque fois que j’ai rencontré quelqu’un, et que je lui disais : « Tiens je fais un film, euh, (rires) je fais un livre, sur le potentiel thérapeutique du cinéma »…
Même ceux qui n’allaient pas souvent au cinéma disaient : “Ah oui ! Quand j’étais petit je me souviens, j’allais voir les westerns avec mon grand-père ! ».
Il y avait toujours une histoire à raconter…
Et donc j’ai voulu raconter des histoires de film !

Ecran et image de soi

Oui, et le sous-titre “De l’écran à soi, de soi à l’écran”, et très parlant finalement !

Oui, il est très parlant.
Parce que dans une salle de projection, je crois qu’à certains moments, on est appelé à regarder en soi, animé par les images qui sont à l’extérieur de nous.
Et parfois, c’est ce qui est à l’extérieur de nous que l’on voie tout à coup projeté en grande dimension, qui le met en contact avec une émotion, un souvenir, un éclairage, une explication, une valeur, pour laquelle nous étions un peu en recherche… Ou on était en train de tourner autour… Ou quelque chose qui n’était pas clair…

Quand j’ai eu 46 ans, j’ai quitté la librairie que j’avais repris 5 ans auparavant.
Et curieusement, je n’étais plus journaliste, je n’étais plus libraire…
Je n’avais plus vraiment de statut social, tout en étant toujours une personne, avec une identité…

Mais j’étais attiré par un film qui s’appelle « Vanilla… » ben je me souviens plus, avec Tom Cruise


“Vanilla Sky” : Identités masquées et synchronicités

Et de ce film, je l’avais vu 10 ans auparavant, et je n’avais retenu que deux séquences.
Une séquence, je me souvenais que Tom Cruise qui était un éditeur célèbre, un peu creux…

« Vanilla Sky peut-être ? »

Oui voilà, merci Charles ! Quel cinéphile vous êtes !

C’est surtout votre bouquin… !

Oui D’accord n’empêche !
Donc il avait un masque.

Suite à l’accident qui l’a défiguré : Tom Cruise, face aux limites de la médecine ...


Et il y avait aussi une scène où il y avait un accident de voiture ; une voiture plongée dans une rivière, ou en tout cas, plongeait dans le vide…

Et ben, c’était un peu ça que je vivais à ce moment-là.


Est-ce que j’allais garder ce masque social d’ex libraire, d’ex journaliste ?

Ou me laisser tomber le masque et suivre vraiment ce que je voulais faire qui m’a amené à la cinéma thérapie ?…

Et en même temps, c’était une plongée dans l’inconnu.

Et je revois ce film, et bam ! Ah ! Voilà les clés qui me sont données à ce moment-là 10 ans après l’avoir vu…

Films “repoussoirs” et échos parfois douloureux

Vous écrivez aussi de temps en temps des critiques de films, ne serait-ce que pour le blog
On peut peut-être donner l’adresse du blog, je le mettrai sur cinécure.be, parce que, rappelez l’adresse de votre blog

Oui, alors c’est cinemoitheque.be, c’est sur la plateforme Eklablog.

Mais je mettrai tout ça sur le site…

Oui merci Charles !
Mais j’ai esquivé, vous aviez une question sur les deux films repoussoirs, dont il y avait “Kevin“…
(cliquez ici pour lire un article de PopNshot “We need to talk about Kevin, film du silence)
On en a parlé dans une autre émission… (cliquez ici pour retrouver cette autre interview)

Kevin et sa mère : dès le début, difficile de s’entendre !


(cliquez ici pour une analyse de “We need to talk about Kevin”, par PsyLab-chaîne de psychiatres cinéphiles)

Et l’autre, c’est… ah oui “De battre mon cœur s’est arrêté” !
Où là aussi c’était un rapport très tendu entre un fils et un père.


Et vraiment tant le fils que le père… le père est et reste une crapule… et le fils s’il est une crapule, il évolue…

Mais encore une fois j’étais très tendu, en référence à mon histoire personnelle…

Bande annonce de “De battre mon coeur s’est arrêté”

“Ateliers de ciné-narration” : se faire son film !

Nous sommes toujours avec Patrick Gilly, nous entrons dans la dernière partie de l’émission.
Nous allons maintenant parler de vos ateliers de cinéthérapie… Alors comment ça se passe ?

Alors pour l’instant ça se passe bien !
J’ai commencé ça au mois de janvier (2015), et donc il y a eu trois ateliers jusqu’à présent.
Nous regardons un film, c’est le début de la journée.
Et puis, nous commençons à comparer les histoires que chacun et chacune a ou ont vu.
On raconte son film…

Par exemple, j’ai pour le moment un thème qui est développé, qui est celui des fratries.
Et donc nous avons une histoire qui s’appelle “In her shoes“, “Dans leurs souliers”, l’histoire de deux sœurs…
Et de demande aux gens : « Tiens, quelle est celle des deux soeurs vous préférez ? Quelle qualité trouvez-vous à l’une et à l’autre ? Quel défaut leur trouvez-vous ? Est-ce qu’elles ressemblent à votre sœur ? »…

Bande annonce “In her shoes”. Deux soeurs : loin d’être jumelles !


Cinéthérapie et travail sur l’imaginaire

Alors, on travaille en groupe, en binôme… On travaille tout seul aussi parce que c’est un atelier qui fait appel à l’imagination, à l’imaginaire.

Je peux très bien demander de créer un scénario de film, avec un budget, avec des acteurs, avec un thème, un décor, un lieu… Sur le thème du jour vous voyez.
Et, ce que j’ai fait la dernière fois – ce sont des ateliers évolutifs – j’ai repassé certaines séquences du film.
J’ai montré certaines photos du film…
Et les gens ont été amenés soit à écrire, soit à parler, à propos de ce qu’ils voyaient…

Ça, c’est une deuxième session ?

Ça c’est une troisième session…

Sessions moyens de communication


Il y a eu une première session sur la communication et la transmission.
La deuxième, c’était avec le film « Disconnect » qui parle des bienfaits et méfaits d’Internet… À travers cinq, six, portraits croisés.

Et le premier qui a inauguré les ateliers de cinéthérapie, c’était les « Les enfants du silence », la communication…

(cliquez ici pour la bande annonce de “Avec nos yeux”, le combat de IVT, troupe de comédiens atteint de surdité)

Communiquer avec quelqu’un qui ne parle pas et qui n’entend pas… Comment faire ?

Bande annonce “Les enfants du silence”, film phare des années 80

Modalités des ateliers de cinéthérapie

Il faut suivre tout le cycle ? Ou bien on peut prendre un cycle seul ?

Et bien moi, je souhaiterais qu’idéalement les gens viennent suivent tout le cycle. Mais votre humble serviteur s’efforce de faire de chaque atelier, une entité autonome !

Mais, c’est plutôt quand même un « parcours » que vous proposez grâce à plusieurs films ? Par exemple, on ne peut pas montrer 4 films dans une journée ?!

Absolument pas non…

C’est intéressant de se retrouver avec les mêmes participants aussi… Parce qu’on avance dans leurs histoires…

Oui, tout à fait.

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse ?

Absolument ! Je veux dire que chacun a sa réalité, qui est encore différente du réel…
Le réel, c’est un tremblement de terre. Il est là.
La réalité, c’est la façon dont nous vivons ce tremblement de terre.
Donc il y a un film, qui est bien réel.
Mais la réalité, c’est le film que nous nous racontons après… Comme nous nous racontons aussi l’histoire de notre vie.
Le cinéma permet de sortir d’une version figée de l’histoire de notre vie ; c’est ça ce qu’il se passe dans les ateliers.
C’est le glissement de l’histoire du film, à l’histoire que nous racontons après l’avoir vu. Et donc à une possibilité, à une ouverture vers une autre façon de raconter l’histoire de sa propre existence.

On est combien de participants ?

Ah, je n’en veux pas plus de 8 !
Il faut que chacun ait son temps de parole…

Et alors, nous faisons aussi des narration croisée…
Celui qui écoute le récit de l’un, va le restituer au groupe.
Donc, l’autre qui a raconté son histoire, qui a été écouté, entend ce que l’autre a entendu en l’écoutant…
Et donc du coup, il a du recul, et il voit que son histoire peut être vécue différemment… En entendant une autre version…
Vous voyez, c’est très riche !


Se soigner par les films : doux rêve ou cauchemar ?!

C’est une expérience que vous allez poursuivre probablement ?

Ah oui absolument !
Mais bon pour le moment, je crois que le terme « thérapie » fait un peu peur.

Les gens qui sont venus sont très contents, mais, ils hésitent à reprendre un deuxième service…
Ils ont déjà peut-être touché quelque chose qui était bouleversant et troublant…

On hésite toujours vers ce qui est inconnu, bouleversant, troublant et inattendu…

D’où l’adjectif « douce » pour « thérapie », pour arrondir les angles et apaiser les peurs probables ?

Oui voilà absolument !
En passant tout de même par ce qui est au départ un divertissement : le cinéma…
Et « douce » au départ j’avais mis « Le cinéma, une thérapie douce », et puis j’ai inversé.
J’ai mis « une douce thérapie », il m’a semblé que c’était plus doux.


Petite page de publicité 🙂


En tout cas, puisqu’il nous reste une minute, de dire que le bouquin, il est passionnant !
Vous le trouvez dans les toutes les bonnes librairies. Il s’appelle « Le cinéma une douce thérapie, de l’écran à soi et de soi à l’écran », l’auteur est Patrice Gilly. C’est dans « Chronique sociale, comprendre les personnes »…

Alors vous allez me demander combien ça coûte ?
Et bien, ça coûte 14 € en France, c’est le même prix en Belgique.

C’est vraiment très intéressant, même si vous n’allez pas aux ateliers de cinéthérapie ; parce qu’il y a là, des questions qu’on peut trouver…

Oui voilà… C’est ce que j’ai voulu faire ce que ça peut être utile aux professionnels de l’aide à la personne. A celui qui aime le cinéma, à celui qui veut découvrir le cinéma autrement…

En tout cas, c’est vraiment passionnant !
Merci d’avoir partagé votre expérience, votre passion du cinéma, et je vous souhaite bonne chance pour vos ateliers de cinéthérapie !
Je vous remercie !

Mais, moi aussi je vous remercie Charles !

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